Un «bug solaire» pourrait mettre le réseau électrique en danger

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon
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D’anciennes installations photovoltaïques sont paramétrées pour se déconnecter brusquement au cas où la fréquence du réseau monte trop, ce qui pourrait le cas échéant provoquer une gigantesque panne de courant. Il va donc falloir les mettre à niveau.

Dans certaines circonstances, le paramétrage des anciennes installations photovoltaïques pourrait provoquer un effondrement total du réseau d’électricité. Le problème, connu depuis plusieurs années, a fait l’objet d’une directive de la Commission fédérale de l’électricité, en mars, pour indiquer aux distributeurs d’électricité (comme SIG ou Romande Energie) qu’ils ont l’obligation d’agir pour réduire ce risque.

Quel est le problème? La fréquence, sur le réseau électrique, doit se situer constamment aux alentours de 50 Hz. Si elle s’en écarte trop, le réseau risque de s’effondrer, ce qui provoquerait une gigantesque panne de courant, comme cela s’est produit dans l’Europe du Nord-Est en 2006 ou en Italie en 2003.

Or, les déviations de la fréquence du réseau ont augmenté ces dernières années. Les nouvelles énergies renouvelables, dont la production est intermittente, et le négoce d’électricité ont contribué au phénomène. «Des déviations soudaines et imprévues de la fréquence se produisent cependant avant tout quand une grosse charge ou une grosse unité de production se déconnecte du réseau de manière non planifiée», remarque Markus Goepfert, spécialiste juridique à la Commission fédérale de l’électricité (ElCom). Cela peut par exemple se produire quand une ligne électrique importante est coupée.

Déconnexion automatique

Or, de nombreuses petites installations photovoltaïques sont configurées pour se déconnecter automatiquement si la fréquence du réseau atteint 50,2 Hz. «Cette caractéristique, qui était souhaitée par le passé pour des raisons d’exploitation, représente aujourd’hui un risque», remarque une fiche d’information de Swissgrid, la société responsable du réseau à haute tension. Si toutes ces installations se déconnectaient brusquement en même temps, la fréquence du réseau chuterait en effet de manière soudaine. Et si elle passait en dessous de 49 Hz, des interrupteurs seraient actionnés sur les transformateurs entre les réseaux de haute et de moyenne fréquences – c’est ce que les spécialistes appellent le délestage automatique sur seuil de fréquence. Cela pourrait provoquer l’effondrement du réseau, par effet de cascade.

Il est donc recommandé, depuis 2014, de ne pas configurer les petites installations pour qu’elles se déconnectent brusquement, mais plutôt par palier. Reste qu’une partie substantielle des installations photovoltaïques sont encore configurées pour se déconnecter d’un coup à 50,2 Hz. Elles représentent environ 800 MW de puissance - davantage que les deux réacteurs nucléaires de Beznau réunis. La Commission fédérale de l’électricité (ElCom) a donc émis une directive, en mars, enjoignant les distributeurs à se saisir de la question. Ils doivent veiller à ce que les installations soient mises en conformité avec les nouvelles normes.

Qui paiera?

Le problème se pose dans toute l’Europe et l’Allemagne et l’Italie ont déjà lancé des programmes de mise en conformité des anciennes installations. En Suisse, l’ElCom doit cependant encore définir à partir de quelle puissance les installations seront concernées – les plus petites seront exemptées, pour des raisons de proportionnalité.

Elle va également donner son avis sur la question de savoir qui prendra les frais en charge. En Allemagne, une moitié des coûts a été payée par les distributeurs – et donc indirectement par les consommateurs - et l’autre directement par ces derniers, par le biais du supplément qu’ils paient sur leur facture d’électricité pour le soutien aux nouvelles énergies renouvelables. La législation suisse empêche cependant de copier la solution allemande.

Une fois la question de la facture réglée, les distributeurs se verront fixer un délai de mise en oeuvre. La complexité de la tâche et le coût qu’elle engendre varie beaucoup d’une installation à l’autre, en fonction de sa taille, de son type et de son année de fabrication. «Parfois, il ne s’agit que de modifier quelques paramètres», relève Marie-Claude Debons, porte-parole de Swissgrid.

L’opération requiert toutefois dans tous les cas l’intervention d’un spécialiste. Dans certains cas, il peut être nécessaire de changer le convertisseur – l’élément qui transforme le courant continu produit par l’installation en courant alternatif, ce qui renchérit sensiblement l’opération.

 


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