Trafic de marchandises: la part du rail diminue lentement, sauf à travers les Alpes

 | Paru dans Entreprise Romande Le Magazine  | Auteur : Pierre Cormon
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La part du transport par rail diminue lentement par rapport à la route, bien qu’il soit plus développé en Suisse que dans les pays voisins. Sauf à travers les Alpes, où la question fait l’objet d’une attention particulière.

Depuis l’an 2000, les conditions dans lesquelles s’effectue le transport de marchandises par route en Suisse ont beaucoup évolué. Les véhicules lourds doivent s’acquitter depuis 2001 d’une redevance qui renchérit leurs coûts (la RPLP) et peut représenter plusieurs milliers de francs par mois et par véhicule. En revanche, la limite du poids autorisé pour les véhicules a été portée de vingt-huit à trente-quatre tonnes en 2001, puis à quarante tonnes en 2005. Cette nouvelle donne a favorisé l’utilisation de camions répondant à des normes plus sévères sur le plan environnemental et a limité les trajets à vide. Mais quel effet a-t-elle eu sur la répartition du trafic entre le rail et la route?

En 2000, dernière année avant l’introduction de la redevance poids lourds (RPLP), le volume des marchandises transportées par chemin de fer représentait 42,2% du total rail/ route. Aujourd’hui, ce taux n’est plus que de 38,4%, même si les quantités totales ont augmenté: le trafic marchandises a sensiblement progressé dans son ensemble, mais le rail en a beaucoup moins profité que la route. Les trains de marchandises ont des avantages: ils ne sont pas soumis à la RPLP, ils peuvent rouler de nuit, ce qui n’est pas le cas des camions, ils échappent aux embouteillages, ils ne dégagent pas de CO2, etc. Les camions en ont aussi: les trajets et les horaires sont beaucoup plus souples, les véhicules peuvent aller de point à point sans effectuer de transbordement, etc.

La proportion du transport par rail reste cependant élevée en Suisse, en comparaison internationale. Si, en Autriche, la part du rail est encore légèrement plus haute, en Allemagne, elle n’est que de 20% du total rail/route, de 19% pour l’ensemble de l’Union européenne et à peine de 10% en France.

La Confédération offre depuis 1986 des aides à la construction ou à l’agrandissement de terminaux de transbordement des marchandises de la route vers le rail. Un rapport du Contrôle fédéral des finances de 2013 en recensait quarante et un dans le pays. Certains sont orientés vers l’export, comme ceux de La Praille et de Chavornay (lire en page 51), d’autres sur le trafic intérieur, comme celui qui vient d’ouvrir à Pentallaz (lire en page 20). «Etant donné le manque de stratégie, le développement des terminaux s’est fait au cas par cas, plutôt orienté sur des besoins de politique régionale que sur des besoins logistiques », remarquaient les auteurs. Certains terminaux sont situés dans des régions excentrées, alors qu’autour de Bâle, il en existe huit dans un rayon de trente-cinq kilomètres.

Un axe fait l’objet d’une attention particulière. L’initiative des Alpes, acceptée par le peuple en 1994, demandait en effet que le trafic marchandise à travers les Alpes suisse se fasse en priorité par le rail et que les capacités de la route ne soient pas augmentées. Un objectif chiffré a été fixé: en 2018, pas plus de six cent cinquante mille poids-lourds ne doivent passer sur cet axe. Trois mesures adoptées par la Confédération devaient contribuer à l’atteindre. La première est la construction des Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA) et notamment le percement des tunnels du Gothard et du Simplon, inaugurés en 2007 et 2016. La deuxième est la mise en place de la redevance sur le trafic des poids lourds (RPLP), en 2001. La troisième est la création d’un couloir ferroviaire supprimant les obstacles empêchant les semi-remorques de quatre mètres de hauteur d’être transportés par train jusqu’au Gothard.

Cette politique a permis au rail, qui perdait des parts face à la route sur cet axe, d’en regagner peu à peu depuis 2009. Il assure désormais 71% du transport de marchandises (chiffres 2016). Un résultat encore plus impressionnant si on le compare à ceux des pays voisins: le rail n’a transporté que 15,2% des volumes à travers les Alpes françaises en 2014 et 27,6% à travers les Alpes autrichiennes la même année. La situation reste cependant loin des objectifs, car le trafic routier a lui aussi progressé. En 2016, neuf cent septante-cinq mille camions ont traversé les Alpes suisses, soit environ un tiers de trop par rapport à l’objectif fixé dans la loi.


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