PAV: pour les opposants, le projet ignore la mixité sociale

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Flavia Giovannelli
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En théorie, tout le monde souhaite que le PAV avance. C’est dans le but de débloquer la situation que le Conseil d’Etat a prévu de modifier la loi relative à l’aménagement de ce quartier. Après référendum, ce sera au peuple de juger si la manière d’aborder l’urbanisme à Genève est la bonne. Or, à quelques semaines du vote, une bataille de chiffres oppose encore les deux camps (lire encadré ci-dessous).

Sarcelle à la Praille...

Pour les opposants à la loi, PLR, PDC et UDC, ainsi que pour les principales organisations représentant les milieux de l’immobilier, la Fédération des métiers du bâtiment, les milieux agricoles, la Chambre du commerce, de l’industrie et des services de Genève et la FER Genève, le remède serait pire que le mal. Tous stigmatisent en premier lieu l’atteinte forte à la mixité qui découlerait de ce texte. En effet, il est prévu un minimum de 62% de logements d’utilité publique (LUP). Or, la population qui peut y prétendre est clairement définie par le Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie: «Le programme LUP propose de créer un socle permanent de logements à caractère social, destinés aux personnes à revenu modeste», est-il précisé sur le site. Dès lors, une très large part de la classe moyenne n’y aurait pas accès, sur les quelque douze mille appartements à construire. S’appuyant sur cette analyse, les opposants estiment que le futur pôle de transformation urbaine du canton risque d’être raté. Il serait même de nature à créer de possibles ghettos: «Nous ne voulons pas d’un Sarcelles à la Praille», martèle Pascal Pétroz, président de la Chambre genevoise immobilière.

Remettre l'ouvrage sur le métier

La création de logements en propriété par étage (PPE) suscite, elle aussi, des polémiques. La nouvelle loi prévoit un maximum de 12% de logements en PPE sur les terrains du PAV, dont 80% se situent en zone de développement et appartiennent aux collectivités publiques. Or, là encore, le texte soumet les futurs propriétaires à de nombreuses contraintes. Tout d’abord, comme l’Etat ne va pas se dessaisir de ses parcelles, il les louera sous forme de droit de superficie, limité en principe à soixante-six ans. «A l’échéance, que se passera-t-il?», s’interroge Pascal Pétroz. «On peut dire que le flou règne.» Il semble que les propriétaires ne pourront pas faire de plus-value, tandis que l’Etat disposera toujours d’un droit de préemption.

En résumé, les opposants doutent que cette loi apporte des solutions économiquement viables pour débloquer un projet en panne depuis plus de dix ans. En effet, la proportion de logements sociaux ne permettrait pas de financer le déménagement des entreprises qui sont déjà sur place depuis longtemps. Bénéficiant de certaines prérogatives, celles qui doivent quitter les lieux ne se décideront que si l’offre proposée par les pouvoirs publics est à la hauteur. «Je n’ai pas connaissance d’une seule proposition qui le soit actuellement», résume Benoît Genecand, conseiller national, qui pilotait le PAV en 2008 et a donc pu se replonger dans le dossier.

A quelques jours du vote, il semble en tout cas que le projet souffre plus que jamais de contradictions, ce qui ne laisse pas augurer d’un développement rapide. Pourtant, le front d’opposition ne veut pas d’un PAV boîteux et préfère encore que l’ouvrage soit remis sur le métier, dans l’idée de lui redonner une dimension plus équilibrée.

Pas la même vision

Du côté des partisans du oui, on le reconnaît, la révision de la n’est pas parfaite. «Nous avons pris l’option de favoriser des concessions réciproques, de manière à ce que l’on puisse enfin avancer», résume Nicole Valiquer Grecuccio, coresponsable avec Mark Muller du comité PRO PAV. Selon ces derniers, la proportion des logements sociaux n’est pas aussi élevée que le présentent les opposants. Tout dépend du périmètre considéré, mais aussi de ce qu’il faut entendre par «social». Nicole Valiquer Grecuccio insiste surtout sur le fait que le projet de loi a été modifié pour améliorer le ratio logements/emplois (deux logements créés pour un emploi) et donc le nombre de logements. «De cette manière, nous encourageons vraiment la mixité», plaide-t-elle. «Nous ne comprenons d’ailleurs pas la position de ceux qui refusent cette loi, car elle permet d’augmenter considérablement le nombre de logements mis en vente, que ce soit en PPE classiques ou en PPE avec droit de superficie», résume-t-elle.

 


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