Pauvreté, bas salaires: à garder en tête

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Peut-on vivre à Genève avec moins de quatre mille francs par mois ?

C’est la question que les initiants veulent placer au centre du débat. Or, elle mérite d’être nuancée. Toutes les études montrent que le risque de pauvreté dépend de différents facteurs, dont le salaire n’est pas le plus déterminant. Le plus important est la situation familiale (nombre d’enfants, revenu du conjoint, éventuelles charges d’entretien, etc.).

D’autres s’y ajoutent comme le loyer, l’état de santé, la nécessité de posséder une voiture ou non. «Une personne seule qui vit dans un studio et n’a pas beaucoup de besoins vivra peut-être très bien avec moins de vingt-trois francs de l’heure alors qu’un couple avec des enfants vivra difficilement avec trente-cinq francs de l’heure», remarque Stéphanie Ruegsegger, secrétaire permanente de l’Union des associations patronales genevoises (dont la FER Genève fait partie).

Un working poor n’est pas forcément pauvre parce qu’il a un bas salaire, il est aussi pauvre parce qu’il est dans un ménage dont les revenus sont modestes, a expliqué Hervé Monfort, directeur de l’Office cantonal de la statistique, à la commission de l’économie du Grand Conseil. Or, l’initiative passe totalement à côté de ce problème.

La meilleure réponse aux bas salaires, c’est la formation 

Lorsque quelqu’un a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson, dit un proverbe chinois. C’est exactement ce que font de nombreux secteurs employant des personnes non qualifiées. Elles ont mis sur pied des mécanismes permettant à ces dernières de se former, ce qui leur permet de devenir plus performantes et d’être mieux rémunérées.

C’est par exemple le cas dans le nettoyage. L’Ecole de la propreté, créée par le patronat et les syndicats, dispense des formations spécifiques aux adultes non qualifiés du secteur, qui leur permettent de se présenter aux examens finaux d’AFP ou de CFC. Dans le domaine de la santé, de nombreux personnes sans qualifications reconnues possèdent pourtant des compétences, soit parce qu’elles sont titulaires d’un diplôme non reconnu en Suisse, soit parce qu’elles ont une longue expérience.

Le secteur a donc mis sur pied une procédure de validation des acquis. Des experts examinent de quelles compétences la personne peut se prévaloir. Et si elle ne possède pas toutes celles qui sont exigées pour obtenir une AFP ou un CFC, elle peut suivre des modules complémentaires qui lui permettent de les acquérir. Une fois l’ensemble des compétences validées, la personne obtient son titre sans passer d’examen. Genève est en pointe en matière de validation des acquis puisque c’est dans ce canton qu’elle a été mise en œuvre pour la première fois en Suisse et que les formations dispensées dans ce cadre sont entièrement prises en charge par l’Etat.

Une fois qu’elle a obtenu un CFC, une personne a accès à toute sorte d’autres formations, y compris la maturité professionnelle, qui lui permet d’entreprendre une formation universitaire. Bref, la formation des personnes non qualifiées est une voie beaucoup plus prometteuse pour lutter contre les bas salaires que l’instauration d’un salaire minimum. Elle leur permet non seulement d’augmenter leur rémunération, mais également d’accéder à des postes de travail plus gratifiants et d’ouvrir leurs perspectives professionnelles.