Nécessaire reprise!

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen

Tous les soirs à 21 heures, j’applaudis sur mon balcon. Comme la plupart d’entre vous, j’imagine. Dans mon quartier, une personne invisible sonne le cor, dont le son retentit puissamment entre les immeubles pour lancer le début de ce remerciement collectif et le sonne à nouveau une minute plus tard. Nous nous tournons alors vers nos voisins, leur souhaitons une bonne soirée, et retournons à nos occupations. Qui remercions-nous au juste? Au début, il s’agissait des soignants, confrontés aux malades du Covid-19. Puis le cercle des remerciés s’est élargi. D’abord à celles et ceux qui œuvrent dans l’ombre dans les hôpitaux, puis aux caissières, aux chauffeurs de bus, aux policiers, aux pompiers, aux employés de la voirie et à tant d’autres qui doivent continuer à être au service de la population en la côtoyant tous les jours.

Le temps de la reprise a désormais sonné. Une reprise en douceur, étape par étape, pour ne pas mettre en péril une situation sanitaire qui a été maîtrisée au prix de sacrifices dont la facture restera encore longtemps à payer. La Suisse annonce 7% de chômage à la fin de l’année, soit plus de trois fois son niveau d’avant la crise. Un tiers des employés en Suisse est actuellement en chômage partiel. Quelque 250000 indépendants ont fait des demandes d’allocations perte de gain. Le SECO estime la perte de PIB comprise entre 90 et 170 milliards de francs. Certains secteurs, comme l’hôtellerie-restauration ou le petit commerce, craignent des faillites en masse. A la veille du début de la reprise, je pense à tous ceux qu’on n’applaudit pas tous les soirs, et qui ont pourtant porté un lourd fardeau pendant ces semaines de semi-confinement: les femmes et les enfants victimes de violences domestiques, les personnes isolées souffrant de solitude, les jeunes à la limite de la rupture scolaire, les travailleurs confinés sans télétravail confrontés à une perte de sens, les chômeurs dont l’espoir de retrouver rapidement du travail s’amenuise. La liste est longue. Chacun a probablement la sienne. Dans la mienne se trouvent aussi tous les indépendants qui ont vécu des semaines d’incertitude et de stress avant de recevoir une aide de l’Etat. Ils ont souvent dû s’endetter ou avoir recours aux aides de l’Hospice général. Je pense aussi aux dirigeants salariés de leur entreprise qui perçoivent 3320 francs par mois au titre des RHT, somme qui ne couvre pas leurs frais, alors qu’ils cotisent pleinement à l’assurance chômage.

En cette période de reprise, il est beaucoup fait mention du dynamisme de l’économie pour sortir le pays de l’ornière. Pour y arriver, il faut que les entreprises ne coulent pas. Sans elles, il n’y a pas d’emplois et pas de recettes fiscales. C’est pour cela que les aides de l’Etat ont été nécessaires, mais que la reprise l’est encore davantage. Avec les précautions sanitaires requises, mais aussi avec force et détermination.