Déclasser des terrains pour favoriser le recyclage

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Si on refuse de déclasser des terrains sur lesquels une entreprise opère depuis 1986, les matériaux qu’elle recycle ne pourront plus l’être. Ils seront vraisemblablement mis en décharge loin de Genève, une absurdité économique et écologique.

Faut-il déclasser 0,025 km2 de la zone agricole d’Avusy en zone industrielle pour régulariser la situation de l’entreprise qui y effectue du recyclage depuis trente-cinq ans? Telle est l’une des questions auxquelles les électeurs genevois devront répondre le 29 novembre. 

La Sablière du Cannelet s’est lancée dans le recyclage de matériaux minéraux sur cette parcelle en 1986, avec l’autorisation du canton. Elle traite un quart des déchets minéraux recyclés dans le canton. Un long conflit l’oppose à la commune qui l’accueille; il est monté jusqu’au Tribunal fédéral. Le recyclage doit en principe s’effectuer en zone industrielle, a rappelé ce dernier en 1998. Il faut donc déplacer l’entreprise ou changer l’affectation de la zone. 

La première solution a été explorée en vain. Aucun terrain ne s’y prêtant n’a été identifié dans les zones industrielles genevoises. De plus, maintenir l’entreprise à Avusy est plus judicieux car cela permet de mieux répartir  les installations de recyclage sur le territoire et donc de limiter les transports, estime le canton.

DÉCLASSEMENT

Reste donc l’option de changer l’affectation des terrains, qui, bien que situés en zone agricole, sont peu propices à la culture. Le canton a adopté une loi permettant de faire passer les 0,025 km2 concernés en zone industrielle et artisanale. Ils seraient exclusivement réservés au recyclage de matériaux minéraux et reviendraient en zone agricole lorsque l’entreprise cessera ses activités. Les communes avoisinantes et des associations ont lancé un référendum, qui a très largement abouti. Elles ne veulent plus de cette entreprise et du trafic de poids lourds qu’elle engendre à proximité du village. C’est donc le peuple qui devra dire si, oui ou non, l’activité développée sur le site depuis près de trente-cinq ans doit être régularisée. 

On comprend aisément pourquoi la commune préfère voir circuler les camions ailleurs que sur son territoire. On peut aussi disserter interminablement sur  la manière dont le dossier a été géré pendant ces dernières décennies, et sur les mérites et les torts de chacun des acteurs. 

La vraie question, la seule qui compte vraiment, est cependant ailleurs: que se passera-t-il si le déclassement est refusé? La Sablière du Cannelet devra  cesser ses activités à terme, car les zones industrielles du canton n’ont pas de terrain pouvant l’accueillir. Ni les décharges, ni les autres entreprises de recyclage du canton n’ont la capacité de prendre en charge les cent cinquante mille tonnes de matériau qu’elle traite chaque année. Ces  volumes seront donc envoyés ailleurs, vraisemblablement en France, comme le sont déjà 50% des déchets de ce type générés dans le canton. 

Or, les pratiques de traitement des déchets y sont différentes. Ces matériaux pourraient donc être mis en décharge plutôt que d’être traités et réutilisés en accord avec les principes de l’économie circulaire, comme c’est le cas actuellement.

TRAJETS SUPPLÉMENTAIRES

De plus, les déchets minéraux exportés en France partent généralement loin, parfois jusqu’à plus de cent kilomètres. Les trajets que cela implique représentent autant de bruit, de trafic, d’émissions de CO2, de pollution en plus. Ils seront effectués par des camions français. Ce sera autant de travail en moins pour les transporteurs locaux, déjà durement touchés par la crise sanitaire. 

Enfin, il faudra aller chercher du gravier loin de Genève pour remplacer les matériaux recyclés que la Sablière du Cannelet produisait. Cela signifie davantage d’atteintes au paysage et à l’environnement et davantage de ponctions dans une ressource non renouvelable. 

Bref, si l’intérêt particulier des riverains de l’entreprise peut être de la voir partir, l’intérêt général est clairement de la maintenir là où elle est, et donc de voter oui au déclassement.


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