L’UE, le foot et les barrages

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon

Vous comptez regarder les matches de la Suisse à la Coupe du Monde en streaming sur le site de la RTS cet été, pendant vos vacances en Grèce? Raté. En Suisse, les droits de diffusion ne sont valables que pour un pays, et on ne peut pas en profiter depuis l’étranger. Vos amis savoyards, eux aussi sur une plage en Grèce, pourront suivre les matches de la France sur TF1 depuis leur ordinateur portable: l’UE supprimera les barrières nationales à l’accès aux contenus numériques entre Etats membres dès le 1er avril. S’ils n’aiment pas le foot, ils pourront regarder des séries sur Netflix. Pas vous, à moins qu’ils ne vous fassent de la place devant l’ordinateur. Contrairement à vous, ils pourront aussi téléphoner à la maison sans payer de taxe de roaming.

Anecdotique? Non. Car l’exemple illustre deux choses. Premièrement, l’UE apporte des avantages concrets aux citoyens des pays membres. Deuxièmement, les technologies évoluent, le monde bouge, mais la Suisse, isolée, peine parfois à s’y adapter. Pour ce qui en est du streaming, par exemple, elle est encore en train d’analyser la situation.

Les accords entre la Suisse et l’UE connaissent la même stagnation. Les accords bilatéraux II ont été signés en 2004, alors qu’on ne parlait pas encore de smartphone ou de streaming. Depuis, rien, ou presque. Pourtant, il y a de nouveaux problèmes à régler. Les pays de l’UE se sont récemment mis d’accord pour interdire aux commerçants en ligne de faire payer des prix différents aux clients des divers pays de l’UE. La Suisse n’étant pas membre, certains commerçants pourront continuer à facturer aux clients suisses des prix plus élevés, au détriment de leur pouvoir d’achat.

La chute des prix de l’électricité cause de grands problèmes aux producteurs d’électricité suisses. Nos voisins organisent des enchères pour attribuer des capacités de réserve – c’est-à-dire pour payer des producteurs à se tenir prêts à injecter très rapidement du courant dans le réseau en cas de besoin. Nos barrages sont taillés sur mesure pour ce marché. Mais faute d’accord bilatéral sur l’électricité avec l’UE, ils en sont exclus. Cela n’aurait pas été un problème il y a une dizaine d’années, alors que leur électricité se vendait au prix fort; ça l’est devenu, maintenant que les barrages ne sont plus rentables. Quant à la place financière suisse, qui a perdu des plumes ces dernières années, elle n’a toujours pas d’accès privilégié au marché de l’UE.

Aucun de ces problèmes n’est dramatique en soi. Mais ils s’accumulent et s’accumuleront toujours plus à l’avenir. Pour y remédier, il n’y a qu’un seul moyen: s’entendre avec l’Union européenne. Il faut pour cela cesser de nous diaboliser mutuellement et être prêts à faire des concessions pour obtenir des avantages supérieurs.


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