Après la crise, tous en télétravail?

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Blaise Matthey

Depuis la mi-mars, pour répondre à la crise sans précédent créée par la Covid-19, nous sommes très nombreux à avoir versé totalement en télétravail. Cela a permis de maintenir une partie substantielle de l’activité économique, administrative et scientifique. L’exercice d’une profession par le biais des outils numériques n’est pas une nouveauté. C’est son extension qui est sans précédent. Le télétravail concerne principalement les services, car il n’est pas utilisable pour une très grande partie des activités de la santé - on l’a vu avec son formidable engagement auprès des patients -, de l’agriculture, du bâtiment, de la restauration et de l’industrie. Le constat étant posé, peut-on imaginer un retour à la situation antérieure avec la sortie progressive du confinement? Du côté des employés, l’exercice est très apprécié selon une enquête récente de Deloitte. Quatre-vingts pour cent des personnes interrogées souhaitent conserver le télétravail. Les avantages essentiels résident dans la réduction des temps de transport et la souplesse des horaires. Les employés s’estiment aussi plus productifs. La diminution des contacts avec les collègues comme, pour certains, la difficulté à travailler sereinement dans un environnement familial, constituent des inconvénients. Il en va de même de l’isolement ou de la peine à appréhender la technologie.

Du côté des employeurs, la question de la mesure de la productivité fait débat. Elle implique une conduite par objectifs qui doit être bien définie en mode à distance. La multiplication des séances au moyen des logiciels de vidéoconférence n’est pas une sinécure. Pour être efficace, il faut limiter la discussion. L’informalité relationnelle en est ainsi par essence largement exclue, alors qu’elle contribue par ses canaux à l’atteinte des résultats. En revanche, les économies en surfaces de bureau paraissent évidentes, comme l’a montré une étude Gartner. Il reste qu’une absence trop prolongée du lieu de travail affaiblit le lien entre l’entreprise et ses collaborateurs et nuit à sa productivité.

Il s’agira donc de trouver de nouveaux équilibres entre le virtuel et le présentiel dans les mois à venir. Divers rapports indiquent que le télétravail devrait se situer dans une fourchette de 25% à 40% pour donner sa pleine mesure. La législation sur le travail et la sécurité sociale, conçue sur un modèle industriel, devra être adaptée à la souplesse requise par le numérique. L’interdiction du travail du dimanche ou la soumission des frontaliers à la sécurité sociale de leur lieu de résidence lorsque leur temps de télétravail excède 25% ne correspondent plus aux besoins des employeurs et des employés, ni de la société en général. Le télétravail sera un moyen de faire face à une nouvelle pandémie virale si, malheureusement, nous devions y être confrontés.